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Tom était de nouveau le héros du jour. Les vieux ne juraient que par lui, les jeunes crevaient de jalousie. Son nom passa même à la postérité car il figura en bonne place dans les colonnes du journal local. D’aucuns prédirent qu’il serait un jour président des États-Unis, à moins qu’il ne fût pendu d’ici là.

Comme toujours, l’humanité légère et versatile rouvrit tout grand son sein au pauvre Muff Potter et chacun le choya tant et plus, après l’avoir traîné dans la boue. En fait, cela est tout à l’honneur de notre bas monde et, par conséquent, nous n’y trouvons rien à redire.

Dans la journée, Tom exultait et se réchauffait au soleil de sa gloire, mais la nuit, Joe l’Indien empoisonnait ses rêves et le regardait de ses yeux effrayants où se lisait une sentence de mort. Pour rien au monde, Tom n’eût voulu mettre le nez dehors, une fois la nuit tombée. Le pauvre Huck était dans les mêmes transes, car, la veille du verdict, Tom était allé trouver l’avocat de Potter et lui avait tout raconté. Huck mourait de peur qu’on n’arrivât à connaître son rôle dans l’affaire, bien que la fuite précipitée de Joe l’Indien lui eût épargné le supplice d’une déposition devant le tribunal. Tom avait obtenu de l’avocat la promesse de garder le secret, mais jusqu’à quel point pouvait-on se fier à lui ? Cela restait à voir. D’ailleurs, la confiance de Huckleberry dans le genre humain était sérieusement ébranlée depuis que Tom, poussé par sa conscience, avait rompu un serment solennel, scellé dans le sang.

Chaque jour, les témoignages de gratitude de Muff Potter mettaient du baume au cœur de Tom qui se félicitait d’avoir parlé. Mais la nuit, comme il regrettait de ne pas avoir tenu sa langue ! Tantôt il aurait tout donné pour apprendre l’arrestation de Joe l’Indien, tantôt il redoutait que le coupable ne fût pris. Il savait qu’il ne serait jamais tranquille tant que cet homme ne serait pas mort et qu’il n’aurait pas vu son cadavre.

On eut beau promettre une récompense à celui qui le trouverait, des battues eurent beau être organisées, Joe l’Indien échappa à toutes les recherches. L’une de ces merveilles ambulantes, de ces sages omniscients, un détective, vint exprès de Saint-Louis. Il fourra son nez partout, hocha la tête et, comme tous ses semblables, finit par découvrir une « piste ». Par malheur, en cas de crime, ce n’est pas la piste que l’on conduit à la potence ; si bien que, une fois sa trouvaille faite, notre détective regagna ses pénates, laissant Tom aussi inquiet qu’auparavant.

Néanmoins, les jours s’écoulaient et, avec eux, diminuaient peu à peu les appréhensions de notre héros.