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Une bruyère.

Entre EDGAR.

EDGAR. — J’ai entendu la proclamation lancée contre moi ; — et, grâce au creux d’un arbre, j’ai esquivé les poursuites. Pas un port qui ne soit fermé ; pas une place où il n’y ait une vedette, où la plus rigoureuse vigilance ne cherche à me surprendre. Tant que je puis échapper, je suis sauvé… J’ai pris le parti d’assumer la forme la plus abjecte et la plus pauvre à laquelle la misère ait jamais ravalé l’homme pour le rapprocher de la brute. Je veux grimer mon visage avec de la fange, ceindre mes reins d’une couverture, avoir tous les cheveux noués comme par un sortilège ; je veux en leur présentant ma nudité braver les vents et les persécutions du ciel. Le pays m’offre pour modèles ces mendiants de Bedlam qui, en poussant des rugissements, enfoncent dans la chair nue de leurs bras inertes et gangrenés des épingles, des échardes de bois, des clous, des brindilles de romarin, et, sous cet horrible aspect, extorquent la charité des pauvres fermes, des petits villages, des bergeries et des moulins, tantôt par des imprécations de lunatiques, tantôt par des prières… Je suis le pauvre Turlupin ! Le pauvre Tom ! C’est quelque chose… Edgar n’est plus rien.

(Il sort.)